Revue de la « soirée gay » sur la chaîne Stylia

Lundi soir, la chaîne Stylia diffusait deux documentaires d’une heure chacun, centrés sur le couple (homoparental ou non), et la cellule familiale.

Le premier film (L’Amour et rien d’autre), réalisé par Stefano Consiglio, pointe surtout les joies, les « accidents de la vie » et les difficultés quotidiennes que peuvent rencontrer les homosexuels, du point de vue du couple : elles s’avèrent être exactement les mêmes que pour tous les autres couples… Chez Everygay, cela nous paraît quelque chose d’évident ! Cependant, le monde gay étant régulièrement représenté dans les médias comme un véritable « ghetto », on peut tout de même saluer l’aspect très simple et humain du documentaire.

 


(Nous, enfants d’homos, réalisé par Stéphanie Kaim et Franck Guérin)

 

A San Francisco, presque un quart de la population est homosexuelle ; durant les années 70 et 80, la communauté lesbienne revendique le droit à la parentalité, et une grosse vague de naissances a lieu. Ce sont ces enfants que l’enquête de Stéphanie Kaim nous propose d’écouter…

 

Un des témoignages les plus marquants est celui de Courtney, 21 ans. Sa mère, Kerry, célibataire et lesbienne, a très mal réagi à l’annonce de l’homosexualité de sa fille. Selon Courtney, sa mère n’aurait jamais réellement assumé sa propre sexualité et s’en serait voulue de ne pas être parvenue à « élever un enfant normal » : « je pense que ma mère se dégoûtait elle-même », surenchérit-elle. Les mots sont durs, forts, à l’image de la culpabilité ressentie par un grand nombre de mères lesbiennes que Courtney côtoyait à l’époque de son coming-out, et qui l’ont paradoxalement rejetée : « nous étions des cobayes, et j’ai déçu la communauté ».

La question de l’influence de la sexualité et du mode de vie des parents semble ainsi rester taboue pour beaucoup d’homosexuels…

 

Pour Kellen, une jeune femme élevée par trois mamans, le point de vue est tout autre. Elle est née et a été élevée dans un environnement exclusivement et ouvertement lesbien, féministe et militant ; elle affirme que cela a eu une influence sur son rapport aux hommes : « je n’aborde pas les hommes de façon normale, je sens que je dois leur parler de sujets d’hommes ». Le fait de ne pas avoir été suffisamment en contact avec des individus masculins aurait créé chez la jeune femme une vision stéréotypée de l’homme, vu comme obligatoirement « viril » et autoritaire. « Je fais des progrès depuis quelques temps avec le père de mon copain. Mais j’ai encore du chemin à faire ! »

Kellen s’est toujours rebellée contre l’activisme lesbien dans lequel elle a longtemps évolué, et ce dès son plus jeune âge : elle aimait jouer avec ces fameuses poupées peroxydées aux proportions improbables… Et de manière très patriarcale et hétérosexuelle, au grand désarroi de ses mères. A l’adolescence, s’étant vue cataloguée par son environnement comme hétérosexuelle, la jeune femme a décidé de s’essayer aux rapports homosexuels, pour finalement recommencer à sortir avec des garçons…

On peut voir dans la rébellion manifeste de Kellen une attitude très classique et plutôt saine : la jeune femme refuse tout simplement de se faire dicter sa sexualité par ses parents, comme n’importe quel enfant.

 

Ces documentaires présentent tous deux, avec chacun un angle d’attaque différent, des tranches de vie « vraies » dans des familles et des couples homosexuels. L’enquête de Stéphanie Kaim, plus poussée, mène à une véritable réflexion sur ce qui constitue une éducation « normale » pour la plupart des gens (population gay comprise donc) ; on peut néanmoins regretter l’absence totale de couples d’hommes dans son film…

 

 

L’enquête de Stéphanie Kaim a également été publiée aux Editions de la Martinière.


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